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Encyclopédie de la Vie Pratique

La vocation

19 Octobre 2012, 12:53pm

Publié par Comtesse de Gencé

La vocation

La vocation consiste dans ce goût spécial et lointain que des jeunes gens entretiennent pour une profession déterminée, de préférence à toutes les autres. On ne découvre guère de vocations que pour les professions dont l'exercice comporte une application particulière de l'esprit. On a la vocation pour une spécialité et non pas pour un métier à la portée de tout le monde ou n'inpliquant pas un apprentissage ni un talent exceptionnels.

Cette remarque n'est pas superflue, car, sous prétexte de respecter la vocation de leurs enfants, certains parents se défendent parfois de contrarier ou de combattre des tendances pour un métier peu conforme à la position ou mal fait pour assurer l'avenir.

Les parents devront s'inspirer des dispositions naturelles des enfants pour les aider à choisir une profession, mais il serait inprudent de leur part de ne pas chercher à étendre ces dispositions, à preparer les jeunes gens à des travaux plus variés et leur donner l'espèce d'éducation générale qui, en cas de besoin, permettrait au spécialiste d'aborder une occupation plus lucrative et de s'assouplir à une profession nouvelle.

Dans les professions libérales, il faut tenir le plus grand compte de la vocation qui, caractérisant les tendances naturelles, rend le succès le plus probable. Pour être médecin, avocat, aussi bien que pour être marin ou soldat, il faut avoir la vocation.

Ces differentes professions absorbent, en effet, tellement l'esprit et donnent à la vie un caractère tellement spécial qu'il est indispensable de les aborder avec réflexion et avec une connaissance exacte des devoirs, des sacrifices et aussi des satisfactions et des profits qu'elles comportent.

Les fausses vocations constituent elles-mêmes un grave péril. C'est pourquoi les parents ont encore le devoir d'éclairer leurs enfants sur les risques et les difficultés de chaque profession.

Quand on est jeune on est tenté de ne considérer l'avenir que par son côté agréable. Combien d'adolescents ont naïvement et secrètement rêvé de devenir officiers pour porter un bel uniforme! Or, le métier militaire peut procurer la gloire; il est flatteur pour l'amour-propre assurément; mais n'impose-t-il pas quantité de sacrifices? Se rend-on compte de la situation à laquelle il condamne? Avant de commander, il faut obéir. La discipline de l'armée est rigoureuse, perpétuelle, inflexible:

Il faut donc que les jeunes gens soient bien éclairés là-dessus avant de prendre une détermination qui engage toute leur existence.

De plus, il ne faudrait pas encourager les jeunes gens dans une vocation trop ambitieuse. Ce sera la meilleure façon de leur éviter les déceptions de l'avenir. S'il convient de les habituer à s'élever par l'esprit au-dessus de leur niveau d'origine et à concevoir des idées qui leur permettent de réaliser plus tard des projets plus grands, plus honorables, plus flatteurs pour l'amour-propre et plus profitables que ceux de leurs ancêtres et de leurs parents, il faut du moins faire en sorte de ne rien cacher de la vérité. N'ayez pas peur de faire ressortir la nécessité où l'on se trouve de n'aborder certaines professions avec une aisance déjà solide.

L'enthousiame de la jeunesse, surtout lorsqu'il est entretenu et encourager par des parents faibles ou trop bons, fait chaque jour des victimes. Il faut se pénétrer de l'idée que, malgré le caractère démocratique de notre société contemporaine, la majorité des professions libérales ne sont accesibles qu'aux personnes déjà fortunées. Que fera l'avocat sans ressources qui, dès ses débuts, devra rivaliser avec des confrères connus, luxueusement installés, très répandus dans le monde?

N'est t-il pas très coûteux pour le médecin de se créer une clientèle? Même à la campagnes, il lui faudra posséder une installation complète, un cabinet bien organisé, une bibliothèque, une voiture, un personnel, etc.

Or, les parents qui se seront déjà imposé quantité de sacrifices pour subvenir aux frais d'une longue période d'instructions et d'examens vont se trouver encore dans l'obligation de faire ces nouvelles dépenses. On doit toujours admettre, en outre, que les premières années rapporteront peu, car il existe, pour toutes les professions, une période ingrate d'élaboration pour laquelle il serait imprudent d'escompter de sérieux bénéfices.

Surveillez donc de bonne heure la vocation des enfants, dérigez-la, encourager-la lorqu'elle est plausible, judicieuse et sans danger. Mais ne craignez pas de la contrarier et d'en faire ressortir tous les inconvénients dès qu'elle vous apparaitra en disproportion avec les ressources de la famille ou en désaccord avec l'origine, le milieu social ou même l'éducation.

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M
Un texte lucide et qui rend bien compte des difficultés auxquelles nous pouvons être confrontés. J'en ai d'ailleurs fait l'expérience, exerçant une profession libérale mais étant d'origine modeste. J'ai dû batailler, et je ne regrette rien aujourd'hui. Mes enfants qui exerceront tous deux en libéral aussi, auront une vie plus aisée que moi, et j'en suis heureuse. Merci de votre passage sur mon blog.
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